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Martine Aubry réagit au show télévisé de sarko!

Publié le par Parti Socialiste de Saint Pol sur Mer

SOIR 3 – Le 12/07/2010 – 22:38:25 – Extrait

Invitée : Martine AUBRY, première secrétaire du Parti socialiste

Sujet : Réactions par rapport à l’intervention télévisée du président de la République hier soir

 

Carole GAESSLER

Et Martine AUBRY, bonsoir. Vous nous direz tout à l’heure si vous l’avez trouvé rassurant, vous vous exprimerez juste après ces réactions, les premières, celles de Marielle de SARNEZ, pour le MoDem, d’Eva JOLY pour Europe Ecologie, et de Xavier BERTRAND, pour l’UMP.

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Carole GAESSLER

Alors Martine AUBRY, le Parti socialiste attendait que Nicolas SARKOZY dise toute la vérité sur cette affaire WOERTH/BETTENCOURT, est-ce que ce soir, vous avez été convaincue ?

Martine AUBRY

Moi, j’ai d’abord trouvé un président de la République qui parlait d’abord de lui-même avant de parler des Français, et je l’ai trouvé finalement vivant dans un autre monde, très loin des Français, de ce qu’ils vivent, mais aussi très loin de la vérité, sur tout malheureusement, sur le chômage, sur les retraites, sur la sécurité, comme d’habitude, des grands mots et une réalité qui est toujours différente, pas de changement de cap, qui ramènerait un peu d’espérance face à cette crise morale que nous traversons, et face à cette terrible crise économique et sociale, donc on continue comme avant, l’auto persuasion et l’auto satisfaction, très décevant.

Carole GAESSLER

Alors sur l’affaire BETTENCOURT/WOERTH, est-ce que pour vous, le dossier politique est clos au Parti socialiste ?

Martine AUBRY

Bien sûr que non, nous attendions ce soir, comme les Français d’ailleurs, des clarifications et des décisions, et nous n’avons eu ni les unes ni les autres. Le président a parlé de calomnies, on avait presque l’impression qu’il était au cœur d’un complot, tout ça, pour masquer des questions qui restent totalement embarrassantes et totalement floues. Je regrette, je ne veux pas épiloguer, mais je veux simplement redire les questions que nous posons en permanence, est-il normal qu’un ministre du Budget, par ailleurs trésorier de son parti, aille demander de l’argent à des contribuables dont il est chargé par ailleurs du contrôle, et d’ailleurs, madame BETTENCOURT n’a pas été contrôlée. Est-il normal qu’il touche un chèque de 7.500 euros lui, comme ministre du Budget, pour son parti, pour l’UMP, alors que sa femme gère la fortune, voilà par exemple…

Carole GAESSLER

Alors justement Nicolas SARKOZY conseille à Eric WOERTH de quitter ses fonctions de trésorier de l’UMP, ça vous satisfait ?

Martine AUBRY

Alors, là, on est… c’est déjà une chose que nous demandons depuis trois ans, ça veut bien dire qu’on reconnaît, là, qu’il y a un conflit d’intérêt, de même que madame WOERTH a reconnu…

Carole GAESSLER

Sauf que tout le monde savait qu’il avait cette double casquette.

Martine AUBRY

Mais nous l’avons contestée à plusieurs reprises, de même que madame WOERTH a reconnu qu’il y avait conflit d’intérêt, qu’elle avait sous-estimé, à gérer la fortune de madame BETTENCOURT. Mais les conséquences de ces conflits d’intérêt, voilà ce que nous demandons aujourd’hui, une commission d’enquête parlementaire, mais aussi un juge indépendant, car nous savons bien que le procureur COURROYE est juge et partie, il est mis en cause dans cette affaire…

Carole GAESSLER

Vous dites que le…

Martine AUBRY

Un juge indépendant pour effectivement aller jusqu’au bout des conséquences, de ce double conflit d’intérêt que nous avons vécu.

Carole GAESSLER

Pour vous, le procureur Philippe COURROYE n’est pas indépendant, alors qu’aujourd’hui, il a encore mené sept perquisitions, notamment chez le photographe BANIER ?

Martine AUBRY

Oui, enfin, une perquisition chez monsieur BANIER, pour laquelle monsieur WOERTH avait été saisi d’un rapport de monsieur COURROYE, rien n’avait été fait, rien n’avait touché madame BETTENCOURT, donc encore une fois, nous, nous disons : nous sommes dans une démocratie, il y a des procédures, ces procédures veulent que quand quelqu’un est juge et partie, monsieur COURROYE est mis en cause dans les écoutes, il est en conflit avec la juge d’instruction, eh bien, dépaysons le dossier, faisons-le traiter ailleurs par un juge indépendant…

Carole GAESSLER

Donc vous dites : il n’est pas impartial.

Martine AUBRY

Je dis, ce n’est pas à lui aujourd’hui de traiter cette affaire, il est juge et partie, dépaysons, voilà. Et sur tout cela, véritablement aucune réponse, mais le président a raison, il faut revenir à l’essentiel. Et l’essentiel, c'est ce que vivent aujourd’hui les gens. Et cette crise morale ne fait que rajouter à la douleur de leurs difficultés et du fait de voir que non seulement le président ne change pas de politique, vous savez, il n’a eu que justice, que justice, justice, justice à la bouche, ça, c'est toujours son mot, il voulait être le président du pouvoir d’achat, on a vu ce que ça a donné, le président de la France des propriétaires, on a vu ce que ça a donné. Moi, ce soir, qu’est-ce qu’il a dit : on ne touchera pas au bouclier fiscal, ce qui est la mesure la plus injuste : je ne toucherai pas à l’âge de la retraite de 60 à 62 ans, ce qui est la mesure la plus injuste. Vous savez, la France de Nicolas SARKOZY, c'est madame BETTENCOURT qui reçoit trente millions d’euros pour le bouclier fiscal, première fortune de France, et c'est trente millions de français qui sont à quelques euros près pour terminer leurs mois. Et là, on va supprimer l’APL aux étudiants, quand leurs parents ont une demi part, voilà la justice vue par Nicolas SARKOZY ; ce n’est pas mon confession…

Carole GAESSLER

Alors en tout cas, pour l’instant, Eric WOERTH est toujours votre interlocuteur, puisqu’il reste à cette place-là pour négocier la réforme des retraites, comment vous, le 7 septembre, à l’Assemblée, vous vous comporterez, Parti socialiste, face à lui ?

Martine AUBRY

Ecoutez, la décision de garder de monsieur WOERTH ne m’appartient pas, je n’ai jamais demandé sa démission…

Carole GAESSLER

Mais ça restera votre interlocuteur.

Martine AUBRY

Oui, eh bien, très bien, ce n’est pas à nous de le choisir, c’est au président de la République. Moi, ce que je conteste dans cette réforme, qui est une réforme qui doit avoir lieu, nous sommes pour la réforme des retraites, nous avons mis nos propositions sur la table, c’est qu’elle est à la fois injuste et irresponsable. Injuste parce que si nous disons : il faut travailler plus dans une période où l’espérance de vie s’accroît, contrairement à ce que dit le président, qui, là aussi, nous invective en permanence, au lieu de dire la vérité et d’accepter un vrai débat démocratique…

Carole GAESSLER

Donc vous, vous êtes d’accord : on travaille plus…

Martine AUBRY

La majorité des Français vont travailler plus, 40,5 ans, 41 ans, vont partir à 61, 62, c'est déjà le cas, 61,9, mais nous voulons que ceux qui ont commencé à travailler tôt ou qui sont usés par le travail ou qui ont déjà aujourd’hui à 60 ans, 41, 42, 43, 44 ans, puissent continuer à partir à 60 ans ; autrement, c’est la mesure la plus injuste, et là, le président de la République l’a choisie, alors qu’il ne règle aucunement le problème des retraites, puisque, avec cette mesure, eh bien, on ne règle pas 25% du problème, alors que nous, nous proposons des mesures qui vont jusqu’aux derniers euros et qui règlent le problème…

Carole GAESSLER

Alors justement, Nicolas SARKOZY ce soir a dit que votre unique, entre guillemets, proposition, c’était d’alourdir les impôts, vous assumez ?

Martine AUBRY

Oui, une contre-vérité de plus, car nous, dans nos propositions, et d’ailleurs, tous les économistes l’ont dit, mais c’était vraiment les contre-vérités permanentes de ce soir, on aurait aimé d’ailleurs qu’il y ait un peu de répondant en face, nous, nous proposons – je le dis très simplement – un équilibre entre les mesures démographiques, travailler plus longtemps, et les mesures financières. Et dans les mesures financières, c'est ça notre grande différence avec le président, nous proposons qu’il y ait, oui, des cotisations, très peu, 0,1%, salariales en plus du côté patronal et salarial, mais nous proposons surtout que les bonus et les stock-options, qui aujourd’hui sont des salaires complémentaires pour ceux qui ont déjà beaucoup, puissent cotiser comme les retraites, ça rapporte deux milliards. Nous proposons que les banques – le président en a parlé – qui ont aujourd’hui des bénéfices, 15% d’augmentation d’impôt sur les sociétés, c'est trois milliards pour mettre dans le fonds de réserve des retraites, voilà la différence entre une mesure juste et une mesure qui ne l’est pas. Et puis, surtout, avec nous, le problème sera réglé. Et le président raconte des histoires, comme monsieur FILLON en avait raconté hier, les retraites vont baisser avec sa réforme, parce qu’elle ne règle pas le financement, c'est là où on est dans l’irresponsabilité, et une fois de plus, la contre-vérité.

Carole GAESSLER

Alors sur la pénibilité, qui est quand même une question importante dans ces prochaines semaines…

Martine AUBRY

Très importante…

Carole GAESSLER

Le président redit : c’est du cas par cas, on ne peut pas faire métier par métier ou branche par branche ; est-ce que vous pouvez comprendre cette logique ?

Martine AUBRY

Je comprends que sa logique, c'est de dépenser le moins d’argent possible pour ce qui est juste dans cette réforme, nous faire croire qu’il n’y aurait en France que 10.000 personnes qui auraient travaillé aux intempéries, sur des charges lourdes, en continu et semi-continu, en tâches répétitives, c’est totalement aberrant, nous savons qu’il y a environ trois millions de personnes qui ont commencé à travailler tôt, et souvent, sur des emplois pénibles, et qui ont déjà leurs 40,5, 41, 42, 43, 44 ans, nous, nous voulons qu’ils puissent partir, pour une seule raison, Madame, pas par ce qu’a dit le président, nous, nous ne voulons pas que des salariés, parce qu’ils sont inaptes au travail partent à 60 ans, parce que ceux-là, il faut évidemment qu’ils puissent partir, nous voulons que ceux qui vont vivre sept ans de moins que les cadres, c'est-à-dire les ouvriers, et qui ont commencé à travailler tôt puissent tous partir à 60 ans, c'est ça la justice, parce qu’ils ont tous cotisé, mais ils vont toucher sept ans de moins leur retraite, voilà la vraie conception de la justice…

Carole GAESSLER

Martine AUBRY, est-ce que ce soir, vous avez eu le sentiment d’écouter votre adversaire de 2012, votre adversaire ?

Martine AUBRY

L’adversaire de la gauche, l’adversaire des socialistes, oui, parce que nous ferions l’inverse, nous aurions envie aujourd’hui d’avoir une politique qui réduit la dette et les déficits, déjà, s’il avait financé le bouclier fiscal, les trente milliards d’euros de cadeaux aux plus riches, nous n’en serions pas là, et surtout, envie de redonner à la France d’utiliser ses atouts, redonner envie aux français de vivre ensemble, et ne pas avoir un discours qui est contraire aux actes, je pense à ce qu’il a dit sur la sécurité par exemple…

Carole GAESSLER

Vous vous verriez bien adversaire de Nicolas SARKOZY en 2012, quand vous entendez le discours de ce soir ?

Martine AUBRY

Ce n’est pas le sujet aujourd’hui, mais je veux que la gauche redonne une espérance aux français, qu’on arrête avec ces contre-vérités et ces invectives, qu’on retrouve véritablement un pays qui soit capable de sortir de la crise morale, de la crise économique et sociale, et ce soir, malheureusement, aucune réponse n’a été apportée.

Carole GAESSLER

Merci beaucoup Martine AUBRY d’avoir été notre invitée. 22:46:34. FIN#

 

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